“On ne tue pas les pondeuses !!!!”

“On ne tue pas les pondeuses !!!!”

C’est quand j’étais petite, il y a déjà maintenant quelques temps 😉, que j’ai entendu cette phrase pour la première fois.

Automne dans mon Beaujolais

Mes racines beaujolaises, m’ont fait passer beaucoup de temps dans ce petit village au milieu des vignes, où une partie de la famille était fermière.
Une grande tante, sœur cadette de ma grand-mère, et personnage haut en couleurs, rustique au tempérament bien trempé, femme de tête qui avait dû faire tourner la ferme seule, de la fin des années 30 au milieu des années 90 date de sa disparition, me voyait souvent arriver au hasard d’une balade en vélo.
Je faisais la tournée des animaux, pour leur dire bonjour, les caresser, leur raconter tous les secrets dont j’étais certaine qu’ils ne répéteraient rien.
J’allais de l’étable ou du pré avec une dizaine de vaches, (dont le lait servait à la consommation familiale, celle du voisinage, à celle d’ un fromager du coin), aux  clapiers avec lapins condamnés à finir dans les assiettes ce qui m’empêchait de trop m’y attarder…je ne supportais pas leur destiné et rentrais parfois dans des tractations pour en épargner un ou deux, ça marchait le temps de mon séjour, ensuite…ils disparaissaient….
J’allais voir les cochons courir dans leur pré mais eux aussi voués à un avenir tout tracé. Venaient ensuite tous les autres animaux chats, chiens, et enfin je filais derrière la maison vers les poulaillers.

J’ai le souvenir de grands espaces, en dehors des lapins les animaux allaient dans les prés en semi-liberté. Les poules se promenaient dans l’herbe au milieu des vaches, le soir elles rentraient dans leur poulailler. Et puis il y avait cet autre terrain attenant et son propre poulailler avec ce que moi je trouvais être juste “d’autres poules”.

J’accompagnais parfois “la tatan” (dans ce coin on met des “la” devant tout ce qui bouge….le tonton, la tatan, le Jeannot, la Marie….) donc j’accompagnais la tatan nourrir les poules.
Nourriture pour le premier espace et nourriture pour le second. Je me souviens qu’un jour je lui ai demandé pourquoi elle ne les mettait pas tous ensemble au lieu de passer partout pour la même chose, la réponse a été ” je ne veux pas les confondre !”
– Ah bon ? Pourquoi ????
– Ceux là c’est pour les manger, les autres c’est les pondeuses !! On ne tue pas les pondeuses !!!! Elles nous donnent leur œufs alors on leur doit bien ca !!! Pour le reste faut laisser faire la vie !!!!

Bon…..devenue adulte j’ai compris que “pour le reste faut laisser faire la vie” c’était les renards, les fouines et autres prédateurs qui réglaient le problème des poules un peu vieillottes…ou pas.
Mais connaissant le personnage pour qui “un sou était un sou”, je m’étais dit  que, quand même c’était plus sympa d’être une pondeuse qu’autre chose ici, et que l’air de rien “la tatan” était gentille même si je ne m’en rendais pas toujours compte tellement elle parlait fort et me filait une trouille bleue quand elle grimpait dans les vocalises et les expressions locales.

Alors ne nous voilons pas la face, on n’est pas dans une image d’Epinal.

La ferme devait nourrir et rapporter. Ma seule certitude est que, dans ce début des années 70, là-bas en tous cas, les animaux de leur vivant étaient bien traités et leurs abattages moins barbares (même s’il n’y a pas de mort heureuse),  que dans les abattoirs d’aujourd’hui : ils avaient lieu à la ferme avec ceux qui avaient élevé l’animal.
Les prises de conscience végétariennes étaient une donnée totalement abstraite, vécue comme une originalité. Aujourd’hui elles trouvent leur légitimité dans ce que sont nos excès de tous ordres et c’est tant mieux si une vraie réflexion, et des modifications comportementales  en émergent.

C’était rare à l’époque et ca l’est encore aujourd’hui, où passé un certain âge associé à une baisse de rentabilité des poules c’est : hop…direction la casserole.
Mais on ne mangeait pas les pondeuses dans cette ferme.
J’ai repris à mon compte avec beaucoup de ferveur cette philosophie. Elle est comme un contrat moral entre mes cocottes et moi, et comme un lien entre ce que je suis aujourd’hui et ceux qui m’ont précédée dans cet élevage, mes racines.

Il n’empêche que, la longue vie de “la tatan” s’est arrêtée un matin alors qu’elle était en train d’ouvrir les portes du poulailler, au milieu de ses chères pondeuses, accompagnée de son chien adoré. Je suis certaine qu’elle n’aurait pas voulu mieux.

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Brrrr… on se gèle les plumes !!

Brrrr… on se gèle les plumes !!

Le drôle d’oiseau qu’est la poule n’aime pas l’hiver..

Alors la neige….on n’en parle même pas.
C’est froid, mouillé, ça colle aux pattes et en plus sous cette terre blanche, pas d’herbe, pas de petits vers, rien.

On les verra alors se promener comme des flamands roses, une patte au sol l’autre dans le plumage. Si elles pouvaient être en lévitation, elles le feraient. Des courageuses, toujours les mêmes d’ailleurs, sortent malgré tout, quand d’autres restent au poulailler, l’œil morne et la crête en biais.

Comme pour les humains, il y a des choses à adapter dans cette période de froid pour les aider à , passer ce cap.

Le poulailler :

il doit être impérativement sec et sans courants d’air. L’humidité, à n’importe quelle saison, est porteuse de maladies
et l’hiver les organismes sont plus fragilisés. Donc de la paille sèche, en bonne quantité au sol permettra à nos cocottes d’avoir les pattes au sec et au chaud en journée (la nuit elles se collent les unes aux autres sur les perchoirs).
Si l’air doit circuler, il ne faut pas de courants d’air qui les refroidissent, tout comme nous ! Alors en hiver on calfeutre un peu plus les ouvertures, on laisse un peu d’air circuler en hauteur, là où il ne les atteint pas.

La nourriture :

Bien évidemment il faut veiller à la nourriture, encore plus en cette période. Si l’été une petite salade nous suffit, l’hiver nous sommes attirés par les bons plats de terroir, bien caloriques et tout autant délicieux !!!! Les poules c’est pareil !!! Donc on rajoute des protéines, des vitamines dans les pâtées spéciales “poules aux sports d’hiver”. J’en parle dans la page “l’hiver est arrivé”. On n’oublie pas non plus l’eau qui est indispensable été comme hiver. Il faut veiller à ce qu’elle ne soit pas gelée….le bec ne permet pas de casser la glace !!!

Tenue de ski ?

Non ! Pas de salopettes, bonnets ou moon-boots, elles n’aiment pas (ouf ça nous arrange) !!!! Mais il faut quand même protéger par très grand froid, les extrémités de nos minis-dindons. Alors quand elles sont toutes rentrées le soir, à l’heure où c’est le plus facile de toutes les avoir sous la main, passer une couche de crème grasse, vaseline/beurre de karité, etc, (bannissez les cosmétiques !!!!)  sur la crête et les barbillons de ce petit monde. En effet, ils peuvent geler et entraîner des blessures importantes. Même les crêtes peu visibles (selon les races), doivent être protégées. Renouveler chaque jour tant que le grand froid persiste et on en profite pour vérifier l’état général de nos protégées et passer un peu de temps avec elles (nous aussi avons tendance à ne pas traîner dehors avec ce temps, et donc moins partager de moments avec nos tas de plumes, alors c’est une occasion !) .

Nos poules sont rustiques, et à quelques races près, elles supportent très bien le froid. Un rayon de soleil et hop tout le monde s’étire pour en profiter, emmagasiner un peu d’énergie et de vitamine D. Ces descendantes de dinosaures ont colonisé la planète du Nord au Sud, et elles ont su s’adapter, ne l’oublions pas.

Bon….ca ronchonne un peu, mais si on prend des précautions comme celles ci-dessus, on les verra arriver en pleine forme au printemps, et retrouver le sourire !!

On dit “le” ou “la” neige ???

On dit “le” ou “la” neige ???

Ramenée le 29 Octobre, sous une neige importante Neige s’est vue affublée d’un nom évident au vu de la situation à son arrivée. Récupérée “à la va vite” chez la personne qui me fournit certaines de mes cocottes, dans une demie-pénombre car dehors il faisait presque nuit et sous une pluie battante, comme je l’ai expliqué dans l’article concernant l’échange fait ce jour-là, à savoir Pollen contre une poulette. 

Pas question pour moi ni pour les cocottes du petit poulailler, d’avoir un coq à la maison, en tous cas pour le moment on a toutes besoin de faire un petit break après le passage de Pollen, notre gugusse à plumes.

Neige est donc la bienvenue. Très occupée la semaine de son arrivée par le nettoyage des dégâts du jardin suite à la neige qui a cassé beaucoup d’arbres, et elle qui se tient un peu en retrait et craintive, je ne l’observe pas vraiment de près.

La semaine suivante, un soir, je la vermifuge…,

Elle est dans mes bras, je trouve qu’elle est quand même charpentée différemment des poules Brahma que j’ai eues, et son bec est plus gros aussi…..oula……..vieux doute…….je regarde de plus près et de magnifiques lancettes blanches sont gentiment posées sur son arrière train, blanc lui aussi. Neige est un nom masculin !!!!!

Nom d’une pipe en bois !!!! Nom de zou de nom de zou !!!!!! J’appelle illico la personne qui me l’a troquée…j’en profite pour demander des nouvelles de Pollen. Gros coco va bien.
Je décris la situation…..bon ok on échange et je viens la semaine prochaine, le 17 Novembre, le plus tôt sera le mieux pour Neige comme pour moi je pense.

Seulement voilà….les événements sociaux m’interdisent de prendre la voiture pour faire 300km aller/retour. Bon on repousse et on cale le 1er Décembre. On verra d’ici là !!!

Pendant ce temps, Neige vit sa vie de jeune coq, tranquillement, j’avoue qu’il n’est pas agressif, je culpabilise mais là tout de suite j’ai peur donc on verra une autre fois. De plus il est bien plus jeune que Pollen et n’a peut-être pas encore atteint l’âge de l’affirmation de soi….Je ne prendrai pas le risque maintenant.

Le 1er Décembre arrive et sans trop de difficultés je rejoins ma destination, avec Neige “tranquillou” dans sa cage.

Dans les bras de l’éleveur, il se laisse admirer, et un tonitruant “ah ben oui c’est un coco !!!” vient confirmer ce que je sais déjà…(ben oui, hé hé, je sais bien que vous m’avez fourgué un coq….pffff) mais je ne dis rien préférant rester en bon termes…

  • Bon alors on va chercher une poule ?
    – Oui…. même 2, je vais vous en prendre une en plus, ca sera mieux pour elles.
    – J’ai plus de Brahmas, plus rien !!! Dévalisé !!! Mais là j’ai des petites jeunes sympas et bien belles !

En passant devant un enclos, il y dépose Neige/coco qui, comme s’il n’était jamais parti de là, fonce directement vers les gamelles et piaille avec ses collègues, retrouvailles sans problème. Bon, un traumatisé en moins, ca m’aide bien pour gérer ma culpabilité.

Je le suis et trouve des jeunes poulettes splendides. Je craque sur une Sussex pure race, qui se laisse faire sans trop de soucis, et une Coucou de Rennes (race dont Philomène était un croisement). Je prends la coucou dans mes bras, elle roucoule ! Je la grattouille en l’amenant dans la cage, elle est aux anges ! Bon ben une poulette affectueuse, changez rien ! Sa copine a l’air du même acabit,  je suis ravie !!!!
Quand elles sont casées dans la voiture je demande si je peux me balader et voir Pollen qui est dans un pré annexe, pas de soucis il est au fond.
Je l’aperçois de loin, mon macho à plumes, qui roule des mécaniques devant des “ptites poulettes” et sous le regard plutôt indifférent de ses congénères. Il y a tellement de place que les coqs sont peu agressifs entre eux. Etant attendue je ne traîne pas plus, je reprendrai contact au printemps pour une petite Brahma dont j’ai trop envie, je sais qu’il en aura, et hop je quitte ce lieu, direction ma famille qui vit par là.

En route, je leur cherche un nom, tout fuse, mais vraiment tout, et la personne qui m’accompagne propose “gilet” et “jaune”, ….ben voyons…..!!!! “”Ben vu que la dernière fois la route était pleine de neige et que tu l’as appelée Neige…….”””
Délire et bon fou rire dans la voiture pendant un moment.

Dimanche matin, je les intègre doucement au groupe, ça se passe bien.

Elles sont dans le poulailler. Mais le soir je retrouve la petite Sussex mais pas la grise.
Non !!!!! Ça va pas  recommencer !!!! Pendant plus d’une heure je repars avec ma lampe de poche faire le tour de chaque bosquet, touffe d’herbe, arbre. Rien…..Il ne me reste plus qu’à espérer que tout aille au mieux pour elle, demain elle rejoindra peut-être le groupe, je n’ai pas le choix, mais je suis dégouttée.

Lundi matin, à l’ouverture de mon volet de chambre je jette un œil et que vois-je ? Mon emplumée fugueuse à côté de ma voiture dans le pré extérieur, en train d’essayer de revenir. Oulala !!! Ni une ni deux, je fonce attraper la bestiole qui dans mes bras roucoule encore, ah mais j’y crois pas !!!  Ça vient du plumage ou quoi ? Tu vas pas me la jouer Philo !!!! (J’ai bien peur que si…).

Je lui ai trouvé un nom, ce sera “Escampette“.

Quant à la petite Sussex vu que cette fois c’est vraiment une cocotte, ça sera “Minute“. Oui, je sais…………. 😁

 

arrivée de Minute et Escampette.

 

Les petits portraits de l’été !!!

Les petits portraits de l’été !!!

Cet été, régulièrement, il y aura des articles  avec pour thème à chaque fois, en vedette, une habitante différente de mon petit poulailler, décrite plus en détail que dans les articles plus ciblés sur des faits particuliers.

Une autre façon d’encore mieux connaitre mes cocottes à travers cette petite lecture ! Ca vous tente ?

 

Alors à très bientôt pour un premier portrait de poulette.

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Une partie du groupe. Avril 2018