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Intelligence : il ne faut pas sous-estimer les poulets !

Par Julie Lacoste le 09.01.2017 à 10h14

https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/oiseaux/intelligence-il-ne-faut-pas-sous-estimer-les-poulets_109472

Les poulets domestiques ne sont pas réputés pour leur intelligence. Et pourtant, la chercheuse Lori Morino est bien décidée à prouver que ces animaux méritent davantage de considération.

INTELLIGENCE. Si les corvidés et les psittaciformes avaient déjà fait leur trou dans la sphère encore limitée des animaux reconnus comme dotés d’intelligence, ce n’est pas du tout le cas de la plupart des autres oiseaux. Et encore moins … des poulets domestiques (poules et coqs), Gallus gallus domesticus, élevées depuis des milliers d’années par l’homme et qui n’ont jamais déchaîné les passions, intellectuellement parlant. Afin de pallier ce manque d’intérêt, la chercheuse Lori Morino de l’Université Emory en Géorgie a décidé de regrouper les résultats de plusieurs travaux de pairs afin de dresser le portrait des capacités cognitives de ces animaux, dans un article publié dans Animal Cognition. ” L’intelligence des poulets apparait comme avoir été sous-estimée et éclipsée par celle des autres groupes aviens “, déplore-t-elle. La plupart des études effectuées sur ces oiseaux sont en effet davantage tournées vers une meilleure production en élevage que vers leur intérêt intrinsèque.

Des animaux émotifs et sociaux

Ainsi, les poulets auraient chacun une personnalité différente. D’après ces études, les femelles montrent des comportements différents envers leurs poussins, pouvant être des mamans-poules (!) ou au contraire des mères plus distantes. Chez les mâles, trois personnalités de dominance ressortent : les audacieux, les actifs/explorateurs et les vigilants. Ils ressentiraient également des émotions complexes, comme la joie, l’ennui ou encore la frustration. Car oui, un poulet peut être déçu… par exemple quand il attend de la nourriture à heure fixe et qu’on ne lui en apporte pas. Et plus encore, ces oiseaux peuvent ressentir de l’empathie, c’est-à-dire une contagion émotionnelle qui se produit au contact des congénères, comme cela a été démontré chez les souris notamment.

Leur communication aussi est élaborée. Les poulets comptabilisent en effet 24 vocalisations au total et utilisent des cris d’alarme différents selon le type de danger. Ceci a été testé en laboratoire en leur présentant des images de différents prédateurs et d’autres animaux non dangereux pour ces oiseaux. ” Quand ils ont vu des prédateurs aériens (comme un rapace volant au-dessus d’eux), ils ont donné un signal d’alarme, et quand c’était un prédateur terrestre, ils ont émis un autre signal “, explique la scientifique. Cette complexité ” suggère que la communication chez les poulets est volontaire et serait basée sur la cognition et une conscience sociale “, continue-t-elle.

Des capacités cognitives équivalentes à celles d’enfants de 7 ans

Conscience sociale oui, mais pas seulement. Les poulets domestiques seraient capables de se retenir d’agir et d’attendre un peu plus longtemps si cela leur permet d’obtenir de la nourriture plus longtemps et de meilleure qualité. ” Plusieurs auteurs affirment que le contrôle de soi est un indicateur de conscience de soi-même “, commence Lori Morino. Cela signifie qu’ils peuvent retenir certaines situations et faire des choix en conséquence, en principe ceux pouvant le plus leur profiter. Tout comme cela a été prouvé chez les chiens récemment, la présence d’une mémoire épisodique a été mise en évidence chez ces oiseaux : ils se souviennent donc du type de nourriture apporté, de l’endroit et du moment. Des études ont prouvé que les poulets pouvaient aussi anticiper l’arrivée de nourriture et même estimer des intervalles de temps en les faisant appuyer sur un écran toutes les 6 minutes pour que de la nourriture tombe.

Les poulets possèdent donc une représentation temporelle, mais également mentale des objets. Ils peuvent en effet reconnaître des images partiellement occluses comme celle d’un poussin hachuré par une forme géométrique comme un rectangle par exemple. Cette capacité à combler les manques d’une image obstruée est retrouvée fréquemment dans le règne animal, par exemple chez les humains, d’autres oiseaux, des poissons ou encore des insectes.

Enfin, ces oiseaux ” peuvent observer les interactions d’un individu de statut connu avec un individu inconnu et déduire leur propre statut dans la hiérarchie sociale par rapport au nouveau venu et réagir de façon appropriée “, explique l’auteure. Ce phénomène de raisonnement par déduction, appelé inférence transitive, est retrouvé chez les humains à partir de l’âge de 7 ans.

Également de bons compteurs ?

Décidément, les poulets ne finissent pas de surprendre. Certains travaux ont prouvé que ces derniers avaient aussi le sens des nombres et pouvaient discriminer différentes quantités. Des poussins âgés de 5 jours ont été placés devant deux sets d’objets contenant un nombre de balles distinct chacun. À raison d’une balle par une balle ou de plusieurs balles d’un coup, les scientifiques ont bougé ces objets d’un set à l’autre en passant derrière une cloison, empêchant les poussins de les voir. Ils se sont rendu compte que la plupart des oiseaux réussissaient à déterminer quel set était le plus rempli. D’après une étude de 2009, à 5 jours, les poussins peuvent d’ores et déjà effectuer des opérations arithmétiques (addition, soustraction) sur un maximum de cinq objets grâce à une ” ligne numérique mentale”.

Pour Lori Morano, “il est clair que les poulets partagent un nombre de capacités cognitives sophistiquées avec d’autres animaux”. À l’instar des poissons, l’étude de l’intelligence des poulets a été longtemps négligée par la recherche scientifique par rapport à d’autres animaux. Grâce à son travail, la chercheuse espère que plus personne ne puisse se retrouver ” comme une poule ayant trouvé un couteau ” devant la question de leurs capacités intellectuelles. D’autant plus qu’ils posséderaient deux fois de neurones que les primates … de quoi remettre en question la place de ces oiseaux d’élevage dans notre société et sur notre façon de les exploiter.

 

 

 


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